Page:Comeau - La vie et le sport sur la Côte Nord du Bas Saint-Laurent et du Golfe, 1945.djvu/286

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
282
OPINION SUR SIR EDMOND HEAD

— J’ai su, dit-il, que t’as eu un grand honneur de la part du gouverneur général, qui t’as invité à sa tente ?

— Oui, répondit-il.

— C’est bien bon de sa part, fit mon père, et qu’est-ce que t’en penses ?

— Écoute un peu, dit Sam, tout bonnement et avec un accent de pitié, n’dis pas ça à personne, le pauvre homme, i sait pas même comment prendre un castor !

Une autre anecdote, pas aussi drôle que celle-ci, démontre l’idée que les Indiens se font d’un gouverneur général.

En juin 1873, Lord Dufferin et la Comtesse de Dufferin furent pendant quelques jours les hôtes des Seigneurs de Godbout. Comme le campement de pêche n’offrait que fort peu d’espace comme gîte pour dormir, Lord et Lady Dufferin revenait chaque soir, après leur pêche, à bord de leur steamer, le Druid, vaisseau du gouvernement, qui était mouillé dans la baie Godbout. Monsieur Allan Gilmour m’avait confié cette partie du programme. Le matin de leur arrivée, j’allai les recevoir au débarcadère de la Baie, et les escortai jusqu’à la rivière, marche d’environ un quart de mille, où se trouvaient déjà des hommes et des embarcations pour les conduire aux fosses à saumon.

Justement à cette époque-là, nous avions un métis du nom de David Picard, parent éloigné des Picard de Lorette, qui avait, quelque temps auparavant, accompagné un parti d’explorateurs et avait reçu comme honoraires un chèque aussi valable que de l’or.

Picard avait essayé de l’escompter, mais comme tous ceux auxquels il s’était adressé n’avaient pas le montant voulu, et l’avaient refusé, il se prit à soupçonner que le chèque ne valait rien.