Page:Comeau - La vie et le sport sur la Côte Nord du Bas Saint-Laurent et du Golfe, 1945.djvu/291

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LE DUC DE VIRGINIE

Quant aux deux cas d’attaques sur l’homme, auxquelles j’ai fait allusion plus haut, le premier eut lieu chez notre voisin à la Baie Trinité. J’ai vu l’oiseau et l’endroit où il fut tué. Monsieur P. Bilodeau était à fendre du bois dans un brûlé d’épinette près de chez lui. C’était vers le mois de décembre, et ce jour-là, le temps était sombre et nuageux. Pendant qu’il ramassait son bois coupé, il aperçut un énorme hibou ou Duc perché sur un arbre mort à une vingtaine de pieds de lui. Il ne l’avait ni vu ni entendu venir. Coupant une branche, il la lui lança rien que pour la fantaisie de le voir déguerpir. À sa grande surprise, l’oiseau ne bougea pas. Il lui lança un autre morceau de bois, puis un troisième, sans le moindre effet. L’oiseau se contentait de regarder les morceaux de bois qui lui arrivaient.

Le vieux Bilodeau était un homme près de la nature, sans instruction, croyant aveuglément aux loups-garous et à la chasse-galerie. Il en arriva tôt à la conclusion qu’il avait devant lui une âme en peine sous la forme d’un hibou. Il fit dévotement le signe de la croix, et, saisissant sa hache, il partit à la course pour se rendre chez lui, sans perdre un instant l’oiseau de vue. Il n’était pas allé bien loin, lorsque le hibou se leva, prit son vol, et alla se jucher sur un arbre à quelques verges en avant de lui, pour le guetter au passage.

La situation s’aggravait. Le bonhomme fit vœu de prier pour l’âme errante et pressa le pas. Comme il passait au-dessous de l’arbre où le hibou était perché, celui-ci fondit sur lui. Bilodeau, qui s’attendait un peu à une attaque de cet esprit malfaisant, avait préparé sa hache, et d’un coup de son taillant bien tranchant, le fendit. Laissant là sa hache et l’oiseau, il se sauva à la maison.

On ne put jamais le décider à se servir de cette hache après ce coup ; elle avait en quelque sorte été souillée