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LE PÉKAN. MARTE À FANON

extraordinaire pour une famille de Sauvages de capturer de cent-cinquante à deux cents porcs-épics au cours d’un hiver. Nous aurions pu en faire autant nous-mêmes, si nous l’avions désiré, mais comme nous avions généralement plus de viande que nous en pouvions consommer, nous laissions les porcs-épics en paix. Dans une seule journée de marche, il m’est arrivé de traverser plus de trente campements ou quartiers d’hiver de porcs-épics.

En l’estimant au plus bas, je puis mettre à cinq ou six mille le nombre de porcs-épics abattus par année dans ce circuit du pays. Cet état de choses se continua pendant les quinze ans que j’y exerçai comme trappeur, et jusqu’aux environs de 1880, alors qu’il se fit dans la région de grandes migrations de pékans, ce fut le coup de mort des pauvres porcs-épics. En deux ans, ils furent complètement détruits.

Durant ces deux ans-là, chaque trappeur put capturer quelques pékans ; quelques-uns en prirent jusqu’à dix ou douze en une seule année. J’en trappai moi-même huit, dans le voisinage, durant un hiver malgré le peu de temps que je pouvais consacrer à la chasse au piège.

Cette abondance de pékans, ne dura que trois saisons, après quoi ils disparurent. Depuis, c’est par hasard qu’on a pu en prendre un au piège. Quant au porc-épic, je suppose qu’avec le temps il finira par se multiplier ; pour ma part, je n’en ai pas vu un dans la région depuis quelques années. En 1897, j’en ai vu deux sur les bords de la grande rivière Romaine au Labrador, ce qui indique qu’il y en a encore quelques-uns dans la localité.

Les pékans ne sont pas farouches, ils n’ont pas non plus peur de l’homme ; on les trappe facilement, c’est-à-dire qu’il est aisé d’en prendre un dans un piège, mais il est difficile de l’y garder. Ils sont très