Page:Comte - Discours sur l’esprit positif.djvu/111

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rénovation philosophique. C’est aussi chez eux que le caractère continu d’une telle étude pourra devenir le plus purement spéculatif, parce qu’elle s’y trouvera mieux exempte de ces vues intéressées qu’apportent, plus ou moins directement, les classes supérieures, presque toujours préoccupées de calculs avides ou ambitieux. Après y avoir d’abord cherché le fondement universel de toute sagesse humaine, ils y viendront puiser ensuite, comme dans les beaux-arts, une douce diversion habituelle à l’ensemble de leurs peines journalières. Leur inévitable condition sociale devant leur rendre beaucoup plus précieuse une telle diversion, soit scientifique, soit esthétique, il serait étrange que les classes dirigeantes voulussent y voir, au contraire, un motif fondamental de les en tenir essentiellement privés en refusant systématiquement la seule satisfaction qui puisse être indéfiniment partagée à ceux-là même qui doivent sagement renoncer aux jouissances les moins communicables. Pour justifier un tel refus, trop souvent dicté par l’égoïsme et l’irréflexion, on a quelquefois objecté, il est vrai, que cette vulgarisation spéculative tendrait à aggraver profondément le désordre actuel, en développant la funeste disposition, déjà trop prononcée, au déclassement universel. Mais cette crainte naturelle, unique objection sérieuse qui, à ce sujet, méritât une vraie discussion, résulte aujourd’hui, dans la plupart des cas de bonne foi, d’une irrationnelle confusion de l’instruction positive, à la fois esthétique et scientifique, avec l’instruction métaphysique et littéraire, seule maintenant organisée. Celle-ci, en effet, que nous avons déjà reconnue exercer une action sociale très perturbatrice chez les classes lettrées, deviendrait beaucoup plus dangereuse si on