Page:Comte - Discours sur l’esprit positif.djvu/23

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raison sociale, sans pouvoir jamais rien organiser qui lui soit propre. Radicalement inconséquent, cet esprit équivoque conserve tous les principes fondamentaux du système théologique, mais en leur ôtant de plus en plus cette vigueur et cette fixité indispensable, à leur autorité effective ; et c’est dans une semblable altération que consiste, en effet, à tous égards, sa principale utilité passagère, quand le régime antique, longtemps progressif pour l’ensemble de l’évolution humaine, se trouve inévitablement parvenu à ce degré de prolongation abusive où il tend à perpétuer indéfiniment l’état d’enfance qu’il avait d’abord si heureusement dirigé. La métaphysique n’est donc réellement, au fond, qu’une sorte de théologie graduellement énervée par des simplifications dissolvantes, qui lui ôtent spontanément le pouvoir direct d’empêcher l’essor spécial des conceptions positives, tout en lui conservant néanmoins l’aptitude provisoire à entretenir un certain exercice indispensable de l’esprit de généralisation, jusqu’à ce qu’il puisse enfin recevoir une meilleure alimentation. D’après son caractère contradictoire, le régime métaphysique ou ontologique est toujours placé dans cette inévitable alternative de tendre à une vaine restauration de l’état théologique pour satisfaire aux conditions d’ordre, ou de pousser à une situation purement négative afin d’échapper à l’empire oppressif de la théologie. Cette oscillation nécessaire, qui maintenant ne s’observe plus qu’envers les plus difficiles théories, a pareillement existé jadis à l’égard même des plus simples, tant qu’a duré leur âge métaphysique, en vertu de l’impuissance organique toujours propre à une telle manière de philosopher. Si la raison publique ne l’avait dès longtemps écartée