Page:Comte - Discours sur l’esprit positif.djvu/55

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inertie, qui laissait toute l’activité habituelle à la grande entité métaphysique, la Nature étant ainsi régulièrement associée au gouvernement universel, à titre de ministre obligé et responsable, auquel devaient s’adresser désormais la plupart des plaintes et des vœux. On voit que, sous tous les aspects essentiels, cette conception ressemble beaucoup à celle que la situation moderne a fait de plus en plus prévaloir au sujet de la royauté constitutionnelle ; et cette analogie n’est nullement fortuite, puisque le type théologique a fourni, en effet, la base rationnelle du type politique. Cette doctrine contradictoire, qui ruine l’efficacité sociale du principe théologique, sans consacrer l’ascendant fondamental du principe positif, ne saurait correspondre à aucun état vraiment normal et durable : elle constitue seulement le plus puissant des moyens de transition propres au dernier office nécessaire de l’esprit métaphysique.

Enfin, l’incompatibilité nécessaire de la science avec la théologie a dû se manifester aussi sous une autre forme générale, spécialement adaptée à l’état monothéique, en faisant de plus en plus ressortir l’imperfection radicale de l’ordre réel, ainsi opposée à l’inévitable optimisme providentiel. Cet optimisme a dû, sans doute, rester longtemps conciliable avec l’essor spontané des connaissances positives, parce qu’une première analyse de la nature devait alors inspirer partout une naïve admission pour le mode d’accomplissement des principaux phénomènes qui constituent l’ordre effectif. Mais cette disposition initiale tend ensuite à disparaître, non moins nécessairement, à mesure que l’esprit positif, prenant un caractère de plus en plus systématique, substitue peu à peu, au dogme des