Page:Comte - Discours sur l’esprit positif.djvu/77

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ou mal préparés. Ces grandes garanties logiques sont d’ailleurs ensuite pleinement confirmées et développées par l’appréciation scientifique proprement dite, qui, envers les phénomènes sociaux ainsi que pour tous les autres, représente toujours notre ordre artificiel comme devant surtout consister en un simple prolongement judicieux, d’abord spontané, puis systématique, de l’ordre naturel résulté, en chaque cas, de l’ensemble des lois réelles, dont l’action effective est ordinairement modifiable, par notre sage intervention, entre des limites déterminées, d’autant plus écartées que les phénomènes sont plus élevés. Le sentiment élémentaire de l’ordre est, en un mot, naturellement inséparable de toutes les spéculations positives, constamment dirigées vers la découverte des moyens de liaison entre des observations dont la principale valeur résulte de leur systématisation.

Il en est de même, et encore plus évidemment, quant au Progrès, qui, malgré de vaines prétentions ontologiques, trouve aujourd’hui, dans l’ensemble des études scientifiques, sa plus incontestable manifestation. D’après leur nature absolue, et par suite essentiellement immobile, la métaphysique et la théologie ne sauraient comporter, guère plus l’une que l’autre, un véritable progrès, c’est-à-dire une progression continue vers un but déterminé. Leurs transformations historiques consistent surtout, au contraire, en une désuétude croissante, soit mentale, soit sociale, sans que les questions agitées aient jamais pu faire aucun pas réel, à raison même de leur insolubilité radicale. Il est aisé de reconnaître que les discussions ontologiques des écoles grecques se sont essentiellement reproduites sous d’autres formes, chez les scolastiques du moyen âge,