Page:Comte - Discours sur l’esprit positif.djvu/80

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constamment sans pouvoir toutefois y atteindre jamais.

Cette double indication de l’aptitude fondamentale de l’esprit positif à systématiser spontanément les saines notions simultanées de l’ordre et du progrès suffit ici pour signaler sommairement la haute efficacité sociale propre à la nouvelle philosophie générale. Sa valeur, à cet égard, dépend surtout de sa pleine réalité scientifique, c’est-à-dire de l’exacte harmonie qu’elle établit toujours, autant que possible, entre les principes et les faits, aussi bien quant aux phénomènes sociaux qu’envers tous les autres. La réorganisation totale, qui peut seule terminer la grande crise moderne, consiste, en effet, sous l’aspect mental qui doit d’abord prévaloir, à constituer une théorie sociologique propre à expliquer convenablement l’ensemble du passé humain : tel est le mode le plus rationnel de poser la question essentielle, afin d’y mieux écarter toute passion perturbatrice. Or c’est ainsi que la supériorité nécessaire de l’école positive sur les diverses écoles actuelles peut aussi être le plus nettement appréciée. Car, l’esprit théologique et l’esprit métaphysique sont tous deux conduits, par leur nature absolue, à ne considérer que la portion du passé où chacun d’eux a surtout dominé : ce qui précède et ce qui suit ne leur offre qu’une ténébreuse confusion et un désordre inexplicable, dont la liaison avec cette étroite partie du grand spectacle historique ne peut, à leurs yeux, résulter que d’une miraculeuse intervention. Par exemple, le catholicisme a toujours montré, à l’égard du polythéisme antique, une tendance aussi aveuglément critique que celle qu’il reproche justement aujourd’hui, envers lui-même, à l’esprit révolutionnaire proprement dit. Une véritable explication de l’ensemble du