Page:Comte - Discours sur l’esprit positif.djvu/83

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leur procurer le cours spontané de notre civilisation. Si l’ascendant nécessaire de l’esprit positif ne venait mettre un terme à ces anarchiques divagations, elles imprimeraient certainement une mortelle fluctuation à toutes les notions un peu délicates de la morale usuelle, non seulement sociale, mais aussi domestique, et même personnelle, en ne laissant partout subsister que les règles relatives aux cas les plus grossiers, que l’appréciation vulgaire pourrait directement garantir.

En une telle situation, il doit sembler étrange que la seule philosophie qui puisse, en effet, consolider aujourd’hui la morale, se trouve, au contraire taxée, à cet égard, d’incompétence radicale par les diverses écoles actuelles, depuis les vrais catholiques jusqu’aux simples déistes, qui, au milieu de leurs vains débats, s’accordent surtout à lui interdire essentiellement l’accès de ces questions fondamentales, d’après cet unique motif que son génie trop partiel s’était borné jusqu’ici à des sujets plus simples. L’esprit métaphysique, qui a souvent tendu à dissoudre activement la morale et l’esprit théologique, qui, dès longtemps, a perdu la force de la préserver, persistent néanmoins à s’en faire une sorte d’apanage éternel et exclusif, sans que la raison publique ait encore convenablement jugé ces empiriques prétentions. On doit, il est vrai, reconnaître, en général, que l’introduction de toute règle morale a dû partout s’opérer d’abord sous les inspirations théologiques, alors profondément incorporées au système entier de nos idées, et aussi seules susceptibles de constituer des opinions suffisamment communes. Mais l’ensemble du passé démontre également que cette solidarité primitive a toujours décru comme