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ÉLISABETH SETON

l’offenser, même une seule fois… Qu’est-ce que la douleur ?… qu’est-ce que la mort ?… De vains mots seulement à qui est en paix avec Jésus. La douleur ! la mort !… leur sens réel, c’est la porte de son cher amour. »


V


Mme Seton avait trouvé dans le mariage plus de joie que les plus illusionnés n’en osent espérer. Mais une crainte terrible ne tarda point à troubler son bonheur. Deux ans après son mariage, elle écrivait : « Je m’applique à connaître mon propre cœur ; j’essaie de le gouverner par la réflexion ; cependant je sens qu’il devient de jour en jour plus sujet à s’attendrir : ce que j’attribue aux inquiétudes que me donne la santé de mon William. Ah ! cette santé, c’est d’elle que dépendent toutes mes espérances de bonheur. Par elle, je continuerai de vivre plus heureuse qu’on ne l’a jamais été en ce monde, ou je me verrai plongée dans les derniers abîmes de la douleur. Un principe bien fixe chez moi, comme chrétienne et comme créature raisonnable, est de ne point arrêter ma pensée sur les événements de l’avenir, quand je n’y puis rien. Malgré cela, maintenant, je ne vois jamais le soleil couchant, je ne me promène jamais seule, sans que la mélancolie ne cherche à s’emparer de moi. Je m’y laisserais aller, si je ne me sauvais vite vers mon Anna, mon petit trésor, et si je ne lui faisais appeler : « Papa » et m’embrasser un millier de fois. »

D’autres inquiétudes surgirent, car la rupture du traité d’Amiens porta de rudes coups à la fortune de William Seton et, pour comble de malheur, la mort lui enleva inopinément son père.

En tout temps, la mort de M. Seton aurait été pour sa famille un grand malheur — arrivant en ce moment, ce fut la ruine.