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silhouettes canadiennes

Une longue habitude du danger avait aguerri Mme Boucher, le calme qu’elle gardait soutenait le courage des jeunes femmes nouvellement venues de France. Les moins braves s’efforçaient de ne pas trop laisser voir l’atroce souffrance de la peur. Il fallait apprendre à supporter toutes les angoisses, il fallait se viriliser, et sans doute dans les pires moments, Pierre Boucher rappelait aux faibles la parole de Notre-Seigneur : « Ne craignez point ceux qui ne peuvent que tuer le corps. »

Jamais la colonie ne s’était vue dans un état si humilié, si lamentable. Heureusement Frontenac venait d’être nommé, pour la seconde fois, gouverneur, et sa forte main allait tirer la Nouvelle-France de l’abîme.

Frontenac arriva à Québec le soir du 12 octobre. À cette nouvelle, l’espérance rentra dans les cœurs et Québec, qu’il trouvait si beau et si magnifique, s’illumina spontanément.

Il débarqua à la lueur des flambeaux et jamais gouverneur ne fut reçu avec des transports de joie si vifs, si sincères, si triomphants. Mais quels sinistres et affreux récits on avait à lui faire !

Il partit aussitôt pour Montréal et visita les environs. Les Iroquois n’y avaient laissé que des ruines, et les traces de leurs bacchanales de sang et de mort étaient encore toutes vives. Mais Frontenac était trop homme d’action pour s’abandonner aux émotions pénibles. Il ne laissa pas distraire son énergie, et, dans les moyens à prendre pour relever le moral des Canadiens en cet immense malheur, son viril esprit alla tout droit à l’extraordinaire.

« Il comprit, dit Garneau, que ce n’était qu’en frappant