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pierre boucher

les troupes et les milices immobiles. Les colons ne pouvaient compter que sur eux-mêmes. C’est dire qu’ils vivaient dans l’attente continuelle de la plus atroce des morts. C’en était fait pour eux du bien de la vie. Les cœurs étaient saturés d’agonie et d’horreurs.

À Boucherville — comme dans les autres seigneuries — les habitations n’étaient pas assez rapprochées pour qu’on pût se secourir promptement, en cas d’attaque. Aussi, à la nouvelle du massacre de Lachine, Pierre Boucher dut réunir tout le monde au fort Saint-Louis. En ce péril extrême, il retrouva sans doute l’ardeur de sa vaillante jeunesse, et lui et ses colons se préparèrent à se défendre jusqu’au dernier soupir.

Dans leurs canots d’écorce, les bandes iroquoises côtoyaient les deux rives du Saint-Laurent, et portaient où il leur plaisait la ruine, la mort, la désolation. Les plus horribles boucheries n’apaisaient pas leur soif de sang, leur rage de voir souffrir.

Le siège des Trois-Rivières remontait loin, mais les Sauvages se souvenaient sans doute de la valeur que Pierre Boucher y avait déployée, car ils n’attaquèrent pas Boucherville.

Pendant ces dix terribles semaines, comment vivait-on au fort Saint-Louis ?… Sans doute, la nuit surtout, la vigilance des sentinelles était extrême, et dans le jour, bien des regards interrogeaient le fleuve et les bois. Les sanglantes nouvelles restaient assez vagues. Chacun voulait espérer que ceux qui lui tenaient au cœur avaient échappé au massacre, et la prière, l’abandon à Dieu soulageait toutes les angoisses.