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pierre boucher

les Iroquois. À l’approche des troupes, ils mirent le feu à leurs villages, et s’enfuirent dans les bois. On ne put que ravager le pays.

Malgré ses soixante-seize ans, Frontenac avait voulu commander la pénible expédition, ce qui accrut encore sa popularité.

L’illustre gouverneur avait su gagner l’estime et l’amitié de Kondiaronk, et, par ce Huron d’un génie si prodigieux, il espérait faire la paix avec toutes les tribus de l’Amérique du Nord.

Il mourut le 28 novembre 1698, sans avoir eu cette joie. Mais Kondiaronk tint ses promesses et, le 4 août 1701, la paix générale était solennellement conclue à Montréal. Ce fut un spectacle [1] impressionnant, d’une grandeur étrange, et Pierre Boucher, le survivant des temps héroïques, le représentant des premières générations, en fut sans doute plus

  1. Le spectacle était grandiose ! Dans la plaine qui s’étendait auprès de Montréal, on avait préparé une vaste enceinte. Les troupes étaient rangées alentour, et treize cents Indiens occupaient les places qu’on leur avait désignées. Du haut de son estrade, richement décorée, le gouverneur-général, entouré de l’intendant, M. de Champigny, du chevalier de Vaudreuil, de ses principaux officiers, tous en costumes d’apparat, dominait l’immense assemblée. Les uniformes éclatants des soldats, les capots bleus des colons, les costumes variés des Indiens, les toilettes aux couleurs claires des dames, auxquelles on n’avait pas manqué de réserver un espace, les dentelles et les dorures des hauts fonctionnaires offraient à l’œil un spectacle éblouissant. Après que M. de Callières eut prononcé quelques paroles accueillies par de longues acclamations, des colliers furent offerts de part et d’autre, et les prisonniers furent échangés ; puis le grand calumet de paix passa de main en main et tous y fumèrent, le gouverneur-général d’abord, ensuite M. de Champigny, M. de Vaudreuil. La cérémonie fut suivie d’un Te Deum, et l’on termina la journée par un festin, des salves d’artillerie et des feux de joie.
    M. Leblond de Brumath, Histoire populaire de Montréal.