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silhouettes canadiennes

touché qu’aucun autre. La vue des treize cents Indiens venus de tous côtés, depuis l’embouchure du Mississipi jusqu’au golfe Saint-Laurent lui mit au cœur une joie immense. Quelle admiration, quelle reconnaissance il ressentait pour Kondiaronk, qui avait su pacifier les maîtres de la forêt, les décider à enterrer la hache de guerre.

L’illustre sagamo ne devait pas survivre à son triomphe. Pendant qu’il écoutait l’un des orateurs, il s’évanouit. Des soins empressés le ranimèrent. Alors il témoigna qu’il voulait parler.

On le fit asseoir dans un fauteuil au milieu de l’assemblée et, s’aidant de toute sa volonté, il retrouva sa force, sa merveilleuse éloquence. « Avec modestie et dignité il exposa, dit Garneau, ce qu’il avait fait pour amener une paix universelle et durable. Il appuya beaucoup sur la nécessité de cette paix, sur les avantages qui en reviendraient à toutes les nations et démêla avec une adresse étonnante les intérêts des uns et des autres. Puis, il se tourna vers le gouverneur-général et le conjura de justifier par sa conduite la confiance qu’on avait en lui. » Sa voix s’affaiblit, il se tut. Il fallut l’emporter et il expira dans la nuit [1]. Sa mort fit une impression profonde. Kondiaronk était chrétien ; ses funérailles furent grandioses.

Quant aux effets immédiats de cette paix générale, un militaire, M. de Catalogne écrivit : « Les habitants qui depuis longtemps avaient abandonné leurs champs, les reprirent ; chacun travailla à se bâtir dessus, et les terres, dont les héritiers avaient été tués, furent réunies aux domaines des seigneurs, qui les concédèrent à d’autres. »

  1. On a comparé Kondiaronk à lord Chatham qui passa de la tribune à son lit de mort.