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silhouettes canadiennes


À ma femme

« C’est, à vous, Ma Chère Femme, que je parle à présent :

« Continuez d’aimer vos Enfans, mais aimez-les également, comme j’ay fait, pour entretenir la paix et la concorde entre eux. Ce n’est pas que ceux qui nous témoignent le plus d’amour et qui ont le plus de respect, sans intérêt, ne méritent que nous les aimions davantage, mais il ne faut pas que cela paraisse aux yeux des autres ; parce que ceux qui font moins leur devoir envers nous sont les moins vertueux et par conséquent plus capables de troubler la paix. Demandez en particulier à Dieu qu’il récompense ceux qui vous portent le plus de respect, et faites ce que vous pourrez en secret pour le reconnaître. Priez et faites prier pour ma pauvre âme. Vous savez combien je vous ai aimée et tous vos parens pour l’amour de vous. En écrivant cecy je m’examine sur le tems que nous avons vécu ensemble, mais ma conscience ne me reproche rien, si ce n’est de vous avoir trop aimée ; mais en cela je n’y vois pas de mal, grâce au Seigneur.


À Monsieur De Muy


« Je vous prie, Monsieur, comme un homme d’esprit, de vouloir bien contribuer à maintenir la famille en bonne intelligence. Vous sçavez, Monsieur, que vous m’avez souvent dit, que vous vouliez vivre et mourir mon ami, et que vous m’en donneriez des preuves dans toutes les rencontres. En voicy une occasion. Je sais qu’il n’appartient qu’à une âme aussy généreuse que la vôtre, de servir un ami après sa mort ; c’est quelque chose de grand, puisque c’est le servir sans intérêt. C’est ce que j’attends de votre générosité, et je meurs dans cette confiance que vous travaillerez de tout votre pouvoir à maintenir tous vos beaux-frères et belles-sœurs dans