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jeanne leber


Jeanne avait douze ans quand son père la conduisit au pensionnat des Ursulines.

Québec n’était plus ce que Marie de l’Incarnation l’avait trouvé en 1639 : une grande forêt pleine de halliers, où l’on découvrait cinq ou six petites maisons, à l’ombre du drapeau français.

Le berceau de notre nationalité venait d’être honoré du nom de ville. Quatre églises élevaient dans les airs leurs gracieux clochers ; le château Saint-Louis avait remplacé le fort ; et aux alentours, sur le cap, l’œil charmé apercevait une centaine de belles maisons « pierrotées », ombragées d’arbres séculaires.

Le monastère, sorti des ruines de l’incendie de 1650, avait été fortifié, dans l’appréhension d’une invasion iroquoise. Y était-on mieux que dans le premier où, d’après la Mère de l’Incarnation, on voyait par le plancher reluire les étoiles durant la nuit ? C’est probable, et les redoutes, les meurtrières devaient avoir disparu quand la petite Jeanne entra aux Ursulines.



Jamais plus gracieuse fillette n’a franchi ce seuil béni. Et les religieuses, qui avaient été frappées de la beauté de l’enfant, le furent bien davantage de la préparation qu’elle apporta à sa première communion.

En ce jour solennel, que se passa-t-il dans l’âme de la petite Jeanne ? C’est le secret des cieux. Mais dès lors, la généreuse flamme, le feu vivant du sacrifice s’alluma dans son cœur ; et cette enfant, la plus belle, la plus charmante,