Page:Conan - Silhouettes canadiennes, 1917.djvu/147

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
146
silhouettes canadiennes

la mieux douée qu’on pût voir, ne chercha plus qu’à s’effacer, qu’à disparaître, qu’à s’immoler ; elle n’eut plus de goût que pour le silence et la prière, et il était facile d’entrevoir que les joies de cette vie lui inspiraient un mépris étrange.



Sainte Thérèse, à l’âge de quatorze ans, perdit sa ferveur. Son goût pour la lecture des romans et pour l’un de ses cousins la rendit un peu vaine et coquette.

Mais rien de tel n’arriva à Jeanne Le Ber à sa sortie des Ursulines,

La douce vie de famille n’amollit point la vigueur de ses résolutions. Ses belliqueux cousins, à qui les expéditions périlleuses, les exploits demi-fabuleux semblaient choses toutes naturelles, n’émurent pas son imagination de quinze ans, avec leurs rêves de jeunesse et de gloire.

Profondément soumise à ses parents, Jeanne ne refusait point de se parer, mais sous ses élégants vêtements, elle portait toujours un rude cilice ; jamais elle ne parut dans aucune réunion.

Elle y aurait pourtant attiré tous les regards, tous les hommages, car sa grâce égalait sa beauté. D’une politesse exquise, d’un esprit très vif, très pénétrant, elle causait avec charme, et quand la conversation l’intéressait, avec beaucoup d’animation et de feu. Mais d’ordinaire elle se taisait, toute recueillie en un rêve secret.



Monsieur et Madame Le Ber respectaient les goûts de retraite de leur fille. Ils voulaient pourtant la marier, et la pressèrent fort d’accepter un illustre parti qui se présenta.