Page:Conan - Silhouettes canadiennes, 1917.djvu/157

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
156
silhouettes canadiennes


Cette parole, qui vola de bouche en bouche, calma un peu la mortelle inquiétude. Le baron de Longueuil, commandant des forces à Ville-Marie et cousin de Jeanne Le Ber, lui envoya son drapeau, la priant d’y mettre une image de la Vierge avec une prière de sa composition. Elle ne put s’y refuser et autour de l’image écrivit :

« Nos ennemis mettent toute leur confiance dans leurs armes ; mais nous mettons la nôtre au nom de la Reine des Anges que nous invoquons. Elle est terrible comme une armée rangée en bataille. Sous sa protection, nous espérons vaincre nos ennemis. »

Le drapeau solennellement bénit fut remis à Longueuil dans l’église Notre-Dame, en présence de tout le peuple.

Le vaillant baron ne voulait pas laisser les Anglais arriver à Ville-Marie sans tâcher de leur dresser quelque embuscade. Avec une poignée de braves, et portant lui-même son drapeau, il se rendit proche de Chambly où ils devaient passer.

Mais il n’y était pas depuis longtemps quand il apprit, à son grand étonnement, que l’armée de Nicholson avait rebroussé chemin, en brûlant sur sa route ses forts et ses magasins.

Une retraite si étrange ranima merveilleusement l’espérance. La Sainte Vierge avait sauvé Ville-Marie. Personne n’en doutait, et les troupes et les milices descendirent gaiement au secours de Québec. Mais on attendit vainement la redoutable flotte [1].

  1. C’était la nouvelle de ce qui lui était arrivé qui avait décidé Nicholson à rebrousser chemin avec son armée.