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l’abbé de calonne

nait tout le carême, tout l’avent, tous les mercredis, vendredis et samedis de l’année, et les jeûnes de cet ancien grand seigneur n’était guère moins rigoureux que les jeûnes des Pères du désert.

Absorbé d’une façon intense par la passion de la sainteté, il écrivait à Mgr Plessis à la fin de l’année 1808 : « Je ne vois plus que cette éternité qui n’est composée ni d’années ni de moments, quand on en est si près, il faut la considérer du calvaire et monter même sur la croix. »

Cet athlète de la pénitence n’arriva pourtant jamais à maîtriser parfaitement sa nature de feu. Mais les vivacités qui lui échappaient, l’abbé de Calonne les réparait toujours par des actes d’humilité. L’un de ces actes donnera l’idée des autres.


Après la guerre de 1812, la misère était grande chez nous. M. de Calonne ne pouvait voir souffrir sans soulager. Si ruiné qu’il fût, il achetait du grain qu’il faisait moudre et distribuait aux plus nécessiteux. L’un de ses marguilliers qui avait sa confiance, en abusa pour lui survendre son blé. M. de Calonne l’apprit et le dimanche suivant fît venir le coupable à la sacristie et lui demanda l’explication de sa conduite. Interdit et confus, le marguillier ne trouvant rien à dire, se retirait à reculons. L’abbé le retint entre la porte et le mur et ne le lâcha qu’après avoir soulagé son indignation par la plus véhémente des réprimandes. Il se prépara ensuite à dire la messe, mais après l’Asperges, au lieu de revêtir la chassuble, il se dirigea vers le banc-d’œuvre, s’agenouilla devant le marguillier et lui demanda pardon. Le pauvre homme, plus mort que vif, put à grand’peine faire signe qu’il pardonnait, et on dit que dans l’église, tout le monde pleurait.


L’abbé de Calonne a été chez nous l’ardent apôtre de la