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silhouettes canadiennes

dévotion au Sacré-Cœur. Pour l’entendre parler de l’amour de Jésus-Christ on accourait de très loin, la place de l’église ne suffisait plus aux voitures et l’on en voyait de longues files jusqu’à la chapelle des Ursulines.

S’il eut suivi son attrait, l’abbé de Calonne aurait passé les jours et les nuits prosterné devant le Saint-Sacrement. À l’âge de soixante-dix-neuf ans, il ajouta trois heures d’oraison aux quatre heures qu’il faisait journellement depuis quinze ans.

Il écrivait pourtant : « Je deviens très paresseux à mesure que je deviens vieux, ce qui est contre toute raison ; car c’est lorsqu’on est le plus près du but qu’on doit redoubler le pas et marcher plus gaiement. »


À l’automne (1822), on s’aperçut que le vénérable vieillard s’affaiblissait beaucoup. On espérait pourtant qu’il pourrait prêcher la retraite du Séminaire et M. Rambault vint l’en prier au commencement d’octobre, mais M. de Calonne lui déclara qu’il s’en sentait incapable. C’est le 10 octobre qu’il célébra la messe pour la dernière fois. Il le fit avec une si ardente ferveur qu’il semblait revenu aux beaux jours de la jeunesse.

Encore qu’il touchait à quatre vingts ans, les médecins espéraient conserver sa précieuse vie, mais lui paraissait avoir eu la révélation de sa fin prochaine : « Songez à aimer Dieu, disait-il aux religieuses qui s’ingéniaient à le soulager, et ne vous donnez pas tant de mal pour ma misérable carcasse qui n’est que pourriture et corruption et qui sera bientôt la pâture des vers. »

Il se soutenait à peine, mais recevait avec la plus touchante bonté tous ceux qui voulaient lui dire adieu et recevoir sa bénédiction.

Le 14 octobre, il demanda le Saint Viatique et quand le