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mère catherine-aurélie du précieux-sang

tion ; le sang coulait sur sa langue, sur son front quand elle s’attablait au banquet eucharistique [1]. »

Les prudents directeurs de la jeune fille restaient fort perplexes. Quelles étaient les vues de Dieu sur elle ? Ils croyaient tous que Notre-Seigneur voulait pour Lui seul cette âme de lumière et de tendresse. « Mais quand Mgr Prince proposait à Mlle Caouette l’une ou l’autre des communautés du pays, elle répondait : Si vous le voulez, j’irai, Monseigneur, mais sans attrait pour les œuvres qu’on y pratique. » Et quand dans la plus grande intimité de leurs rapports, le grand vicaire Raymond, insistant, lui disait : « N’aimeriez-vous pas, Aurélie, à vous consacrer à l’instruction des jeunes filles ? l’avenir du pays dépend de leur formation. » Elle répondait : « Ô mon Père, j’aime la jeunesse et je serais heureuse de lui être utile ; mais je n’ai de l’attrait que pour Jésus Crucifié et pour les âmes qu’il a rachetées au prix de son sang. »

En certaines circonstances où il portait à sa connaissance

  1. À propos de ce qu’on racontait de merveilleux, M. Lusignan ajoute : « Qu’on explique la chose comme on le voudra, voici ce que j’ai vu d’étrange chez Sœur Caouette. C’était pendant la vacance qui suivit ma rhétorique, — j’avais alors treize ans — j’étais assez vieux pour bien voir et bien comprendre et surtout pour ne pas oublier ce dont j’étais témoin. La maison de mon père était la maison voisine du couvent où le grand vicaire Raymond disait souvent la messe. Quand son servant de messe était absent, M. Raymond m’envoyait chercher. Plusieurs fois, j’ai vu à la pleine lumière du soleil, quand Sœur Caouette recevait la communion, une épaisse couche de sang bien liquide qui, chose étonnante, se maintenait sur le dessus de sa langue et ne se répandait ni sur les côtés, ni dans la bouche. Un matin, il y eut plus. Je constatai, comme d’ordinaire, la présence du sang sur la langue ; mais je fus frappé d’en voir une trace séchée, qui partait de sous les cheveux et descendait sur la paupière droite où elle se terminait par une large goutte vermeille. » — Coups d’œil et coups de plume.