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louis hébert

Et pendant le séjour qu’il fit à Paris, en 1617, il ne craignit pas de faire appel à son patriotisme, à son dévouement, et de lui proposer d’aller commencer à Québec le défrichement de la Nouvelle-France. Sa loyauté ne lui laissa rien ignorer des périls et des difficultés qu’il y rencontrerait. Il ne lui cacha ni la précarité de l’établissement, ni les rigueurs de l’hiver, ni le mauvais vouloir des compagnies, ni la férocité des indigènes. Il lui dit aussi ses souffrances, ses dégoûts, ses amères tristesses. Ce n’était pas une province, c’était un Nouveau Monde qu’il voulait donner à la France !

Louis Hébert n’hésita pas à répondre qu’il l’aiderait de toutes ses forces et le suivrait à Québec.

Sa femme trouva tout simple, tout naturel, d’affronter les plus effroyables périls pour suivre son mari. Cette fois, le départ serait définitif, et les deux époux mirent leurs biens en vente.

Faut-il dire que la résolution d’Hébert fut jugée sévèrement ? Ses parents et ses amis la trouvaient d’une extravagance absolue, insensée, et on n’épargna à Hébert ni les remontrances, ni les reproches : « N’avait-il pas perdu assez de temps et d’argent en Acadie ?… Pourquoi s’en aller au fin fond de la barbarie, achever de se ruiner ?… » On lui détaillait tous les dangers qui l’y attendaient, tout ce qui se racontait de la cruauté des sauvages… « Comment pouvait-il exposer sa femme et ses enfants à tomber aux mains de ces démons ?… L’entreprise de Québec n’aurait pas plus de succès que l’entreprise de Port-Royal… M. de Champlain était bien loin d’avoir les ressources des colonisateurs de l’Acadie… »

C’était très vrai, et Hébert le reconnaissait. Il n’était pas sans songer beaucoup à tous les dangers, à tous les obstacles. Mais le désir d’aider à fonder une Nouvelle-France le soutenait. Et ce qu’il savait de la férocité des naturels du