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mère marie de saint-joseph

Ursulines se trouvèrent en plein pays sauvage, sans meubles, sans vivres, sans vêtements.

La Mère de l’Incarnation avait lancé par une fenêtre des habits et divers objets ; tout brûla excepté un matelas et des couvertures qui servirent à protéger la Mère Saint Joseph contre le froid. Le courage de la chère malade ne se démentit pas pendant cette nuit terrible et toutes ces femmes gardèrent un calme héroïque. Mais les personnes, accourues au feu, fondaient en larmes en voyant leur dénuement, les flammes rendant la nuit claire comme le jour. Il y avait de quoi s’émouvoir, car Madame de la Peltrie, en légère tunique, était pieds nus dans la neige et les religieuses n’étaient pas plus chaudement vêtues. À l’exception de trois, qui s’étaient couchées chaussées pour mieux résister au froid, toutes étaient pieds nus.

Il y eut à Québec un admirable élan de charité. Les plus pauvres voulurent donner.

Les Hurons tinrent conseil à l’occasion de ce malheur. Ils vinrent en corps présenter leurs condoléances et offrir aux Ursulines deux colliers de porcelaine de douze cents grains chacun.

« Saintes filles, dit celui qui était chargé de la harangue, vous voilà réduites à la même misère que vos pauvres Hurons pour qui vous avez eu une compassion si tendre. Vous voilà sans patrie, sans maison, sans provision et sans secours sinon du ciel que jamais vous ne perdez de vue. Si nous avions affaire à des personnes semblables à nous, la coutume de notre pays eût été de vous faire un présent pour essuyer vos larmes et un autre pour affermir votre courage. Mais nous avons bien vu que votre courage n’a pas été abattu sous les ruines de cette maison, et pas un de nous n’a vu même une demi-larme dans vos yeux pour pleurer sur vous. »