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silhouettes canadiennes

-Christ, vous pleureriez de joie », écrivait Marie de l’Incarnation à l’une de ses sœurs. Cette intimité avec l’amour même surpasse infiniment en douceur toutes les intimités humaines, et Marie de la Troche avait joyeusement supporté les séparations irrévocables, l’exil, les accablants travaux, les misères de toutes sortes. Mais il bien rare qu’à ses bien-aimés Notre Seigneur ne fasse pas porter tout le poids de la croix.


Cinq ans avant sa mort, un jour qu’elle était en oraison, elle fut ravie en esprit : et son âme lui fut montrée sous la figure d’un château d’une admirable beauté qui n’avait d’autre couverture que le ciel. Tout rayonnant de gloire, Notre-Seigneur se tenait, à l’entrée. « Ma fille, lui dit-il, garde le dehors, moi je garde le dedans. » Il lui tendit les bras, mais un crêpe qu’il abaissa les sépara et il lui dit qu’elle ne vivrait plus que de foi et de souffrances.

En effet, la lumière et la joie intérieures lui furent retirées, la maladie qui la minait depuis longtemps s’aggrava et des complications aussi étranges que douloureuses survinrent. Sa vie devint un vrai martyre. Elle n’en continua pas moins à suivre sa règle, se levant presque toujours dès quatre heures du matin, même par les grands froids.

L’incendie de la nuit du 30 décembre 1650 ajouta encore beaucoup à ses épreuves. Par une sorte de miracle, personne ne périt dans les flammes, mais rien ne fut sauvé, et les