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mère marie de saint-joseph

née qui était presque continuelle, enfin la cloche, le chant, la psalmodie lui causaient une incommodité incroyable et augmentaient étrangement son oppression. »

Ajoutons qu’une sœur avait son lit au-dessus du sien et l’on conviendra qu’il y avait de quoi désespérer une malade.

Cette fille de grands seigneurs languit pourtant deux mois entiers sur sa tablette, en face de la cheminée qui chauffait seule la maison et fumait horriblement, et personne ne l’entendit jamais se plaindre.

Non seulement elle ne se plaignait pas, mais elle ne pouvait souffrir qu’on la plaignît. « Je suis contente, disait-elle, de mourir pauvre, privée de toutes les douceurs que j’aurais eues en France. » Elle estimait que l’incendie du monastère avait été une grâce pour elle, puisque, dans cette petite maison, elle pouvait, de son lit, assister à la messe.

Son âme restait plongée dans l’obscurité et la tristesse, mais elle la répandait toute aux pieds de son Sauveur qui ne lui donnait plus d’autre marque d’amour que la croix. Personne n’aurait pu se douter de ses épreuves intérieures ; jusqu’à la fin elle resta elle-même, c’est-à-dire charmante.

Rappelant les promesses de Jésus-Christ à ceux qui quitteraient tout pour l’amour de lui, elle disait, avec la grâce qui lui était naturelle : « Pour le centuple, je lui donnerai quittance lorsqu’il voudra ; quant à la vie éternelle, je l’attends bientôt. »

Elle ne se lassait point de remercier Dieu de l’avoir appelée