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SILHOUETTES CANADIENNES

Tout entier à son projet de Ville-Marie, le gentilhomme traversait une rue de la Rochelle où Mlle Mance venait d’arriver tourmentée par un ardent, mais vague désir de se consacrer aux missions du Canada. Ils ne s’étaient jamais vus. Jamais ils n’avaient entendu parler l’un de l’autre. Mais, en se rencontrant, il leur suffit d’un regard pour se connaître jusqu’au plus profond de l’âme. Ils lurent dans leurs pensées les plus secrètes, se saluèrent chacun par leur nom et Mlle Mance aperçut, dans une lumière surnaturelle, à quel dessein de Dieu elle devait consacrer sa vie. Dès cet instant, elle appartint corps et âme à l’œuvre de Ville-Marie.

De très honorable famille, elle usa de la liberté que lui avait laissée la mort de ses parents, pour se faire l’infirmière de ces soldats de Dieu ; elle enchaîna au service d’un hôpital une vie qui aurait pu être heureuse et facile.


Mesdames et Messieurs, le sacrifice est, dit-on, la plus belle chose qui soit au monde, et, ne l’oublions pas, pour venir ici panser les plaies des blessés, veiller auprès du lit des mourants, il ne fallait pas seulement quitter sa patrie, se résigner aux plus rudes privations, il fallait aussi affronter les plus effroyables dangers. Pour certains hommes, le sentiment du danger peut être une source de mâles voluptés, mais, pour les femmes, c’est un instrument de torture. Aussi Mlle Mance, douée de qualités charmantes, inspirait-elle une vive compassion. À Québec, on mit tout en œuvre pour la détourner de son généreux dessein.

M. de Montmagny, gouverneur du Canada, ne voyait, dans la fondation de Ville-Marie, qu’une folle entreprise où beaucoup d’argent et bien des vies allaient être sacrifiés. Il pressa M. de Maisonneuve de renoncer à son projet et offrit de lui donner l’île d’Orléans pour y établir sa colonie.