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marguerite bourgeoys

toute la traversée, la Sœur Marguerite — comme on l’appelait, — se trouva réduite à l’eau répugnante et croupie que buvait l’équipage. Sa mortification s’en accommodant parfaitement, elle se garda bien de s’en plaindre.

Malgré les instances de Maisonneuve, jamais elle ne voulut prendre place à sa table. Il avait toujours grand soin de lui faire porter des aliments convenables, mais elle ne les acceptait que pour les distribuer et se contentait de la nourriture des matelots.

Peu après le départ, il lui arriva un accident dont sa délicatesse s’alarma fort. Avant de quitter Paris, Mme de Chuly avait fait, pour son frère, une ample provision de ce linge fin et de ces riches dentelles dont les hommes de condition usaient alors, et elle avait confié ses coûteuses futilités à Sœur Marguerite. Afin de tout remettre au chef en parfait ordre, celle-ci voulut en faire un paquet, mais un coup de roulis lança à la mer les précieux objets.

Connaissant peu Maisonneuve, elle crut qu’il serait très sensible à cette perte, irréparable en Canada. Mais il rit doucement de l’accident, et pour réconforter Marguerite qui pleurait presque, il l’assura que porter des babioles l’ennuyait, et que c’était une bonne chose que les dentelles fussent à l’eau.


La traversée fut longue, pleine de périls. Après avoir fait trois cent cinquante lieues sur mer, il fallut retourner en France, prendre un autre vaisseau, et peu après le départ, une épidémie éclata à bord.

Huit hommes en moururent, et cette fièvre contagieuse