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silhouettes canadiennes

et rien ne lui fut épargné de ce qui pouvait la dégoûter, la détourner du voyage.

Cependant Maisonneuve la rejoignit à Nantes. Il avait reçu une lettre anonyme, où l’on tâchait d’alarmer sa délicatesse, en lui représentant le tort qu’il allait faire à Mlle Bourgeoys. Il la lui montra et son angoisse s’en accrut.

Tout éplorée, n’en pouvant plus, elle se rend à une église où le Saint-Sacrement était exposé. Là, prosternée, elle proteste à Notre-Seigneur avec une grande abondance de larmes, que son unique désir est de connaître et d’accomplir sa volonté, fallût-il sacrifier mille fois sa vie. Elle se relève consolée, inondée d’une joie toute céleste. « En un instant, dit-elle dans ses mémoires, toutes mes peines furent changées ; je reçus là, une très forte impression et une très grande assurance qu’il fallait faire ce voyage, et je revins de l’église avec une entière certitude que Dieu voulait que j’allasse en Canada. »

Cette illustre bienfaitrice de notre pays partit sans autres ressources que sa confiance en Dieu. Elle n’emportait pas un denier pour le voyage. Les plus grands parmi les saints ne l’ont pas surpassée en détachement. Son abnégation n’était pas moins admirable et l’indélicatesse de ses compagnons de voyage la mit à une longue et cruelle épreuve.

Comme Marguerite ne buvait pas de vin, le propriétaire du navire, M. Lecocq — chez qui elle avait logé à Nantes — avait eu l’attention de faire porter sur le vaisseau quelques barriques d’eau douce pour son usage.

Certains, à bord, jugèrent bon de s’en emparer, et, durant