Page:Conan - Un amour vrai, circa 1897.djvu/37

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Ensuite elle me passa les bras autour du cou, me rapprocha d’elle, et me fit baiser le crucifix que je lui avais donné le jour de sa première communion, et qu’elle avait toujours porté depuis.

— Mère, dit-elle, vous savez que la volonté de Dieu doit toujours être adorée et bénie. Je ne me suis jamais sentie orpheline, continua-t-elle tout attendrie, car vous avez été pour moi la meilleure des mères ; que Dieu vous récompense et qu’il vous console, ajouta-t-elle avec effort, car je sais que je vais mourir.

— Mon enfant, répondis-je toute troublée, comment peux-tu parler ainsi ? La souffrance t’égare.

Elle me regarda ; je vois encore l’expression de ses beaux yeux calmes et profonds.

— Écoutez, dit-elle ; j’ai offert à Dieu mon bonheur et ma vie pour la conversion de Francis. Mon sacrifice est accepté, j’en suis sûre. N’en dites rien à Francis. Il vaut mieux qu’il l’ignore jusqu’à ce que Dieu l’éclaire.

Ces paroles retentirent dans mon cœur comme un glas funèbre. Ô mon Dieu, pardonnez-moi. Il me sembla que c’était payer trop cher le salut d’une âme. Je la regardais avec égarement ; je l’étreignis dans mes bras comme pour la disputer à la mort et je lui dis à travers mes sanglots :

— C’est trop cruel. Thérèse, mon enfant, rétracte-toi.

— Laissons faire le bon Dieu, répondit-elle simplement. Il saura vous consoler, vous et lui. J’ai eu, moi aussi, un moment d’angoisse terrible, maintenant c’est passé.