Page:Conan - Un amour vrai, circa 1897.djvu/5

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dis-je. Je ne parlai pas de sa belle action. Pourquoi ? Je n’en sais rien, chère mère. Mais je le considérais souvent, sans qu’il y parût, et je me disais que je ne serais nullement fâchée de savoir tout ce qui le regarde. Ne serez-vous pas fière de la raison de votre grande fille, si je vous avoue que je me surpris appelant une tempête ! C’est bien naturel. J’aurais voulu voir comment il se conduit dans un naufrage. Malheureusement, ce souhait si sage, si raisonnable, si charitable, ne se réalisa pas.

On me demanda de la musique. Je venais de lire quelques pages d’Ossian — ce qui n’est plus neuf ; — je jouai une vieille mélodie écossaise. Monsieur ferma son livre et m’écouta avec un plaisir évident. Il est écossais, pensai-je, et vous allez voir que je ne me trompais pas. Il ne reprit plus sa lecture, et quelque chose dans son expression me disait que sa pensée était loin, bien loin, — dans les montages et les bruyères de l’Écosse.

Ne l’ayant pas vu débarquer à la Malbaie, j’avais supposé qu’il se rendait à Tadoussac. Après le souper, j’étais avec quelques dames dans le salon de l’hôtel. Jugez de ma surprise, quand je le vis entrer avec cette bonne Mme L…, qui nous le présenta.

M. Douglas me parla du plaisir qu’il avait éprouvé en entendant un air de son pays, et ces quelques mots simples et vrais disaient éloquemment son amour pour sa patrie. Je vous assure que je n’étais pas à mon aise, près de ce héros.