Page:Conan - Un amour vrai, circa 1897.djvu/6

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Il me semblait qu’il lisait dans mon âme, et, comme je me rends compte que je m’occupe un peu trop de lui, chaque fois que je rencontrais son regard, ma timidité augmentait. J’avais beau me dire que je ne suis pas transparente, je ne pus parvenir à me le persuader. Il est certain que je ne vous ai pas fait honneur. M. Douglas, qui était, lui, parfaitement à l’aise, essaya plusieurs fois d’engager la conversation avec moi, et ne réussit pas, comme vous le pensez bien. Mais si je ne parlais pas assez, j’ai la consolation de dire que d’autres parlaient trop. Deux dames s’aventurèrent dans une dissertation sentimentale avec un galant officier. Vous vous imaginez facilement que cette dissertation n’a pas jeté qu’un peu de lumière dans les abîmes du cœur humain.

J’allais entrer dans ma chambre, quand la brillante Mlle X… me dit avec une satisfaction mal déguisée : « Thérèse, ma chère, comme vous étiez gauche et embarrassée ce soir ! Quelle opinion vous allez donner des Canadiennes à ce séduisant étranger ! » Soyez fière de moi, après cela. Mais n’importe. Si le feu prend cette nuit à l’hôtel, j’espère que ce sauveur de vieilles veuves paralysées ne me laissera pas brûler.


La même à la même

Malbaie, le 23 juin 186*
Chère mère,

J’en veux et j’en voudrai longtemps à ces maussades affaires qui vous retiennent loin de