Page:Conan - Un amour vrai, circa 1897.djvu/53

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
51

de Dieu, je veux finir ma vie. Mon bonheur est grand. On respire ici une atmosphère de paix qui pénètre l’âme et semble rapprocher du ciel. Je n’avais pas l’idée de ce calme, de ce silence plus éloquent que celui des tombeaux. Vous ne sauriez vous figurer ce qu’on éprouve en entrant dans ce monastère, où depuis bientôt huit siècles tant d’hommes qui pouvaient être grands selon le monde, sont venus s’ensevelir pour y vivre pauvres et obscurs sous le seul regard de Dieu.

Vous savez que la Chartreuse est bâtie dans une solitude profonde, au milieu de rochers presque inaccessibles. Cette nature grandiose élève l’âme et m’a rappelé la sauvage beauté de certains paysages de votre Canada. Je ne vous dirai rien de l’histoire de ce célèbre monastère (où votre pensée, j’espère, viendra souvent me visiter), car, sans doute, vous le connaissez depuis longtemps. Je vous avoue que j’étais bien ému en arrivant ici. Je songeais à ceux qui m’y ont précédé, à ces preux d’autrefois, à tant de nobles et brillants seigneurs qui ont fui les pompes et les séductions du monde, pour venir à la Chartreuse opérer leur salut. Cette sauvage solitude a vu bien des sacrifices héroïques, sanglants, et quelles terribles luttes entre la nature et la grâce ont dû y passer ! Pour moi, j’y venais sans combat, car, depuis la mort de ma fiancée, le monde ne m’est plus rien.

Le recueillement des religieux m’a profondément touché. Oui, Louis Veuillot avait raison