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quand il disait : Il faut laisser les monastères, non pour les grands coupables et les grandes douleurs, comme on le dit communément, mais pour les grandes vertus et les grandes joies.

Je comptais commencer mon noviciat le jour de mon entrée, mais les bons Pères m’ont donné une semaine de repos pour me remettre de mes fatigues de voyage, et le religieux chargé d’exercer l’hospitalité me traite avec toutes sortes de soins et d’attentions. Il me gâte. Je ne fais pas ici d’allusion, madame, je ne vous fais pas des reproches indiscrets de m’avoir autrefois chez vous, gâté avec autant de bonne grâce que cet aimable religieux.

En attendant, j’occupe une des chambres destinées aux étrangers. Cette chambre, toute monastique, n’a pour ornement qu’un tableau représentant saint Bruno en prière ; au-dessous sont gravées les armoiries des Chartreux — un globe surmonté d’une croix et cette belle devise : Stat crux dum volvitur orbis ; la croix demeure pendant que le monde tourne. J’aime cette profonde parole.

Maintenant, je vais vous parler d’une chose qui m’a été bien pénible.

Hier, le Père Supérieur vint me voir à ma chambre. J’ouvris mes malles pour lui montrer plusieurs de mes souvenirs de voyage que je croyais propres à l’intéresser. Le révérend Père trouva probablement qu’il y avait là bien des inutilités, car il me dit qu’avant de commencer mon noviciat, j’aurais à remettre tout ce que