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ôtant de ma poitrine le crucifix et le médaillon, je les remis au Père, qui me regardait en silence. En me séparant de tout ce qui me restait d’elle, je ressentis quelque chose de cette douleur terrible qui me brisait le cœur quand je la mis dans son cercueil. Je pleurais. Mais loin de s’indigner de ma faiblesse, le saint religieux m’attira dans ses bras, et me dit de douces et tendres paroles.

— Ne pleurez pas, me répétait-il, ne pleurez pas, mon enfant. Tout sacrifier à Dieu, c’est la plus grande des grâces, le plus grand des bonheurs. Plus tard, vous le saurez et vous regretterez ces larmes. Croyez-moi, ajouta-t-il avec une expression charmante, votre ange gardien, et cet autre ange que Dieu vous avait donné, se réjouissent pour vous dans ce moment.

Il me parla des grandes grâces que Dieu m’a faites, de mon baptême, de ma première communion.

Ah ! madame, si vous l’aviez entendu quand il me suppliait d’être fidèle, d’être reconnaissant, d’être généreux ! Il y a dans sa parole quelque chose qui pénètre et enflamme le cœur. J’avais bien honte de moi, je vous assure, en pensant que je venais d’hésiter misérablement devant un sacrifice ; mais le bon Père ne me fit pas de reproches. Au contraire, il consentit à me laisser commencer mon noviciat ; et, me serrant dans ses bras, comme pour faire passer dans mon cœur le feu sacré qui brûle le sien, il me souhaita le bonheur d’aimer Dieu jusqu’au renoncement