Page:Condorcet - Œuvres, Didot, 1847, volume 3.djvu/587

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée
575
PRÉFACE.


preuves, il faut avoir étudié et même approfondi les sciences naturelles. Enfin, les raisonnements des déistes contre la religion sont propres à séduire les âmes honnêtes et douces : on ne peut pas dire que, fatigués du joug d'une morale austère, ils cherchent à le secouer ; et ils n’attaquent les religions exclusives qu’en parlant de la bonté universelle d’un Dieu, père de tous les hommes, qui n’a dû parler à tous ses enfants que le même langage.

Une autre raison de croire que ce sont les déistes, et non les athées, qui sont vraiment dangereux pour la religion, c’est qu’il y a eu beaucoup d’athées qui ont prétendu qu’une religion, même fausse, pouvait être bonne politiquement, et qui, en conséquence, se sont conduits avec un zèle plus ardent que celui des croyants les plus convaincus ; au lieu que jamais déiste n’a marqué le moindre zèle pour ce qu’il a le malheur de regarder comme une superstition.

L’intérêt de la religion est donc de détruire le déisme, de prouver la nécessité d’une révélation, en montrant que la raison seule ne peut élever l’homme à la connaissance de Dieu.