Page:Condorcet - Œuvres, Didot, 1847, volume 5.djvu/43

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Vie de M. turgot.

de l'activité à la société d’agriculture de Limoges, et pour en diriger les travaux vers un but utile, pour faire instruire dans des cours publics les sages-femmes répandues dans les campagnes, pour assurer au peuple dans les épidémies les soins de médecins éclairés, pour établir des ateliers de charité, la seule espèce d’aumône qui n’encourage point l’oisiveté, et qui procure à la fois des secours aux pauvres, et au public des travaux utiles.

Il introduisit dans sa généralité la culture des pommes de terre, ressource précieuse pour le pauvre. Le peuple la dédaigna d’abord comme une nourriture au-dessous de la dignité de l’espèce humaine, et ne consentit à l’adopter qu’après que l’intendant en eut fait servir chez lui, en eut donné le goût aux premières classes de citoyens, et qu’il ne fut plus permis d’en regarder l’usage comme le signe humiliant du dernier degré de la misère. Mais M. Turgot, en faisant avec autant d’activité, de zèle, et des principes plus sûrs, le bien que d’autres intendants pouvaient faire comme lui, s’occupait de projets plus grands et plus dignes de son courage et de ses lumières.

La répartition des impôts, la construction des chemins, les milices, les soins pour les subsistances, la protection du commerce, furent les principaux objets de ses travaux pendant les treize années que la province du Limousin fut confiée à ses soins.

Dans toutes les généralités assujetties à la taille, l’idée de faire un cadastre est une des premières qui se présentent à un administrateur ami de la justice : mais la méthode de faire cette opération avec exac-