Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 11, 1839.djvu/200

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avec un zèle officier, à reprendre sa place sur la gondole de la république.

— Le pénitent a-t-il reçu l’absolution ? lui demanda à demi-voix celui qui semblait avoir l’autorité sur l’autre.

— Il y a ici une erreur. Celui que tu cherches s’est échappé. Ce vieillard est un pêcheur nommé Antonio, homme qui ne peut avoir grièvement offensé Saint-Marc. Le Bravo s’est dirigé vers l’île de San-Giorgio, et il faut chercher ailleurs.

L’officier ne retint pas plus longtemps le moine, qui entra promptement sous la tente placée dans la gondole. On jeta une corde dans la barque du pêcheur pour le remorquer. L’ancre d’Antonio fut levée au même instant : on entendit le bruit d’un corps lourd tombant dans l’eau, et les deux barques, obéissant à l’impulsion des rames, s’éloignèrent rapidement. Le même nombre d’hommes maniaient la rame dans la gondole, avec sa tente en drap noir, semblable à un catafalque ; mais celle du pêcheur était vide.

Le bruit des rames et la chute du corps d’Antonio s’étaient confondus ensemble. Quand le pêcheur revint sur l’eau, il était seul au centre d’une nappe d’eau vaste, mais tranquille. Il aurait pu avoir un rayon d’espérance lorsqu’il sortit du sein obscur des ondes pour revoir la beauté brillante d’une nuit éclairée par la lune ; mais les dômes de Venise étaient trop loin pour qu’un nageur pût espérer de les atteindre, et les forces d’Antonio étaient épuisées par la faim et la fatigue. Les deux barques voguaient rapidement vers la ville ; il tourna donc les yeux d’un autre côté, et faisant les plus grands efforts pour se soutenir sur l’eau, il chercha à retrouver le point noir dans lequel il avait constamment reconnu la barque du Bravo.

Jacopo n’avait pas cessé de surveiller cette entrevue avec l’attention la plus minutieuse. Favorisé par sa position, il pouvait voir sans être aperçu lui-même. Il vit le carme prononcer l’absolution, il vit la gondole s’approcher de la barque ; il entendit dans l’eau un bruit plus fort que celui qui auraient dû causer les rames, enfin il avait vu la gondole emmener la barque d’Antonio vide. Les gondoliers avaient à peine frappé l’eau des lagunes de leurs rames, que Jacopo fit mouvoir les siennes.

— Jacopo ! Jacopo ! Ces mots arrivèrent de loin faiblement à ses oreilles et le firent frissonner.