Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 11, 1839.djvu/264

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pouvait vraisemblablement soupçonner leur récente intelligence, le Bravo entra dans ses nouvelles fonctions avec quelques chances de succès. Un changement d’agents, dans des affaires délicates, était un des moyens ordinaires que prenait le sénat pour éviter une découverte. Jacopo lui avait souvent servi d’instrument pour négocier avec Stefano, qui, comme on l’a donné à entendre, avait été employé pour mettre à exécution de secrètes et peut-être de justes mesures de police ; mais c’était la première fois qu’on faisait intervenir un second agent entre le commencement et la fin de ses négociations. Il avait été chargé de voir Stefano et de l’avertir de se tenir prêt à partir au premier ordre pour une nouvelle mission. Mais depuis l’interrogatoire d’Antonio devant le Conseil, ceux qui l’avaient employé ne lui avaient pas donné de nouvelles instructions. Le danger de laisser donna Violetta à portée des gens de don Camillo était si évident, que cette précaution extraordinaire avait été jugée indispensable. Ce fut donc avec ce désavantage que Jacopo commença à s’acquitter de sa nouvelle et importante commission. Ce que nous disions de l’astuce est passé en proverbe : le cas de Jacopo et de ceux dont il avait été l’agent devait être une nouvelle preuve de cette vérité populaire. Le silence inusité de ceux dont il recevait ordinairement les ordres en pareilles occasions lui avait donné à réfléchir, et la vue de la felouque, pendant qu’il passait le long du quai, donna une direction accidentelle à ses perquisitions. La manière dont il fut aidé par la cupidité du Calabrois a déjà été rapportée.

Dès que Jacopo eut touché le quai et qu’il y eut amarré sa gondole, il se hâta de retourner vers le Broglie, alors rempli par les masques et les désœuvrés de la Piazzetta. Les patriciens s’étaient rendus dans les lieux réservés à leurs plaisirs particuliers, ou du moins, suivant ce système de domination mystérieuse qu’il entrait dans leur politique de maintenir, ils ne se souciaient pas de rester exposés aux yeux du vulgaire pendant les heures qui allaient être consacrées à la licence.

Il semblerait que Jacopo avait reçu ses instructions ; car dès qu’il se fut assuré que don Camillo s’était retiré, il fendit la foule avec l’air d’un homme dont la marche était décidée. En ce moment les deux places étaient pleines, et plus de la moitié de ceux qui passaient la soirée dans ces lieux d’amusements portaient des mas-