Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 11, 1839.djvu/303

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— Très-rarement. — Nous ne vivons pas dans une grande intimité. Annina, je le suppose, pense qu’une fille aussi simple et aussi peu instruite que moi n’est pas digne de sa compagnie ; mais elle ne refusera pas de nous aider dans un danger semblable. Je sais qu’elle n’aime pas beaucoup la république, car nous avons causé bien des fois des événements qui se passent, et elle en parlait plus librement qu’il ne convient à une personne de son âge et dans cette prison.

— Gelsomina, ta cousine est un agent secret de la police, et elle ne mérite pas ta confiance.

— Madame !

— Je ne parle pas ainsi sans de bonnes raisons : crois-en ma parole. Elle est employée d’une manière qui ne convient pas à son sexe et qui la rend indigne de ta confiance.

— Nobles dames, je ne dirai rien qui puisse mécontenter des personnes de votre haut rang tombées dans la détresse ; mais vous ne devriez pas me porter à penser ainsi de la nièce de ma mère. Vous avez été malheureuses, et vous pouvez avoir des raisons pour ne pas aimer la république. Vous êtes en sûreté ici ; mais je n’aime point à entendre mal parler de ma cousine Annina.

Donna Florinda et sa compagne, douée de moins d’expérience, connaissaient assez la nature humaine pour considérer cette généreuse incrédulité comme une preuve de l’intégrité de celle qui la montrait. Elles se bornèrent donc sagement à stipuler qu’Annina, pour quelque raison que ce pût être, ne serait pas instruite de leur position. Ce point arrêté, elles se reprirent toutes trois à discuter les moyens que pourraient trouver les fugitives pour quitter la prison en secret quand les circonstances le permettraient. D’après l’avis de la gouvernante, Gelsomina ordonna à un porte-clefs de la prison d’aller voir ce qui se passait sur la place. Elle le chargea particulièrement, quoique de manière à éviter tout soupçon, de chercher un carme déchaussé dont elle lui donna le signalement d’après la description qui lui en avait été faite. À son retour il lui annonça que l’attroupement avait quitté la cour du palais et était entré dans la cathédrale, portant le corps du pêcheur qui avait si inopinément remporté la veille le prix de la regatta.

— Dites donc vos Ave et allez vous reposer, belle Gelsomina,