Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 11, 1839.djvu/336

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Le prisonnier le regarda d’un air égaré ; car la nature défaillante rendait obscur à son esprit ce qui lui avait autrefois paru si clair. Ses yeux, après s’être fixés longtemps sur son fils, se tournèrent vers la muraille, et il finit par sourire d’un air enfantin.

— Veux-tu regarder si l’araignée est revenue ?

Jacopo soupira, mais il se leva pour satisfaire son père.

— Je ne la vois pas, dit-il ; il ne fait pas encore assez chaud.

— Pas assez chaud ? — C’est du feu qui coule dans mes veines ! — Tu oublies que nous sommes sous les combles, mon fils, et que c’est du plomb qui couvre nos têtes. Et le soleil… oh ! le soleil !

— Les illustres sénateurs ne songent pas quel supplice c’est de passer le froid hiver dans des cachots au-dessous du niveau des canaux, et l’été sous un métal ardent.

— Ils ne songent à rien qu’à leur pouvoir, murmura Jacopo. Ce pouvoir usurpé par l’injustice doit être maintenu par d’injustes rigueurs. — Mais à quoi bon parler ainsi ? Avez-vous tout ce que le corps exige, mon père ?

— De l’air, mon fils, de l’air ! — Donne-moi cet air que Dieu a fait pour l’usage du dernier des êtres qu’il a créés.

Le Bravo se précipita vers une des fentes qui se trouvaient dans les les murs de cet édifice vénérable, mais souillé par tant de cruautés. Il fit de nouveaux efforts pour élargir cette ouverture ; mais quoique le sang jaillit de ses ongles, il ne put y réussir.

— La porte ! Gelsomina, ouvre la porte ! s’écria-t-il en retournant près du lit, épuisé par ses efforts inutiles.

— Je ne souffre point à présent, dit le vieillard. C’est quand tu m’auras quitté, quand je serai seul avec mes pensées, que je me représenterai ta mère en pleurs et ta sœur désolée ; c’est alors que je sentirai le besoin d’air. — Ne sommes-nous pas dans le brûlant mois d’août, mon fils ?

— Nous ne sommes-pas encore en juin ; mon père.

— J’aurai donc encore plus de chaleur à endurer ? — Que la volonté de Dieu soit-faite, et que la bienheureuse santa Maria, sa mère immaculée, me donne la force de la supporter !

Les regards de Jacopo prirent un caractère d’égarement presque aussi effrayant que l’œil fixe et glacé du vieillard. Sa poitrine se souleva, ses poings se serrèrent, et l’on entendit le bruit de sa respiration pressée.

— Non ! dit-il à voix basse, mais d’un ton qui prouvait que sa