Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 11, 1839.djvu/337

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


résolution était inébranlable, tu ne souffriras plus de pareils tourments ! Lève-toi, mon père, et suis-moi. Les portes nous sont ouvertes, nous en avons les clefs, et je connais tous les détours du palais. Je trouverai le moyen de te cacher jusqu’à la nuit, et alors nous quitterons pour toujours la république maudite.

Un regard d’espoir brilla dans les yeux du vieux prisonnier en écoutant cette proposition inspirée par une sorte de délire. Mais le doute que les moyens d’exécution fussent praticables en changea sur-le-champ l’expression.

— Tu oublies ceux qui sont là-haut, mon fils.

— Je ne connais là-haut qu’un être au-dessus de nous.

— Et cette fille, comment peux-tu espérer de la tromper ?

— Elle prendra ta place. — Elle est avec nous de cœur, et elle se prêtera à une apparence de violence. — Je ne promets pas trop pour toi, bonne Gelsomina ?


La pauvre enfant effrayée, qui n’avait jamais vu dans le prétendu Carlo des signes si évidents d’une résolution désespérée, se laissa tomber sur une escabelle sans pouvoir prononcer un seul mot. Le prisonnier les regarda tour à tour l’un et l’autre : il fit un effort pour se lever, mais en vain ; il se laissa retomber sur la paille. Ce ne fut qu’en ce moment que Jacopo reconnut que son projet était impraticable, et qu’il ne l’avait conçu que dans un mouvement d’exaltation. Peu à peu l’agitation du Bravo se calma, et il redevint impassible.

— Mon père, dit-il, il faut que je vous quitte. Nos maux touchent à leur fin.

— Je te reverrai bientôt ?

— Si les saints le permettent. — Votre bénédiction, mon père.

Le vieillard étendit les mains sur la tête de Jacopo, et murmura une prière. Quand il eut rempli ce devoir, son fils et Gelsomina s’occupèrent quelques instants à mettre à sa portée tout ce dont il pouvait avoir besoin et sortirent ensuite ensemble.

Jacopo semblait peu disposé à quitter le voisinage du cachot qu’occupait son père. Il paraissait préoccupé d’un sombre pressentiment que ces visites faites à la dérobée devraient cesser bientôt. Cependant, après un instant de délai, ils descendirent à l’étage inférieur ; et, comme Jacopo désirait sortir du palais sans rentrer dans la prison, Gelsomina se prépara à le conduire par le principal corridor.