Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 11, 1839.djvu/343

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Marc, qui était presque sous leurs pieds, et l’on publia de nouveau la proclamation qui offrait trois cents sequins pour l’arrestation du Bravo.

— C’est un officier de la république mettant à prix la tête d’un monstre qui porte un stylet homicide, s’écria Gelsomina qui prenait en ce moment peu d’intérêt à cette proclamation ; il a bien mérité son destin.

— Pourquoi donc t’y opposes-tu ?

— Je ne vous comprends pas, dit Gelsomina respirant à peine.

— Jeune folle, cet homme est Jacopo Frontoni.

Gelsomina aurait voulu ne pas en croire ses yeux ; mais l’expression d’angoisse de ceux de Jacopo lui révéla l’horrible vérité, et elle tomba privée de tout sentiment. Au même instant on emmena le Bravo.


CHAPITRE XXVII.


Levons le rideau et observons ce qui se passe dans cette chambre.
Rogers.


Il y eut ce jour-là dans les rues de Venise cette sorte de rumeur mystérieuse, cette curiosité pleine de défiance qui caractérisaient les mœurs de cette cité. Une foule d’individus passaient près des colonnes de granit, comme s’ils s’attendaient encore à voir le Bravo à sa place ordinaire, bravant audacieusement la proclamation ; car pendant si longtemps on avait souffert qu’il parût en public, que les habitants de Venise pouvaient à peine se persuader qu’il quitterait si facilement ses habitudes. Il est inutile de dire que cette vague attente fut déçue. On vanta aussi hautement la justice de la république, car les sujets humiliés sont hardis à louer leurs maîtres, et celui qui avait été muet pendant des années sur