Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 11, 1839.djvu/392

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cence, ma fille, a plus d’éloquence que ne pourraient en avoir ses paroles.

Un rayon de joie brilla sur le visage de Gelsomina. Elle se tourna avec vivacité vers le moine, qui l’écoutait avec attention, et lui dit :

— Son Altesse nous écoute, mon père, et nous gagnerons notre cause. On peut menacer et alarmer les gens timides à Venise, mais on ne frappera jamais le coup que nous avons craint. — Le Dieu de Jacopo n’est-il pas mon Dieu et le vôtre ? — N’est-il pas le Dieu du sénat et du doge, du Conseil et de la république ? — Je voudrais que les membres secrets du Conseil des Trois eussent pu voir comme moi le pauvre Jacopo revenant de son travail, accablé de fatigue et désolé d’arriver si tard, entrer dans le cachot glacial d’hiver ou dans le cachet brûlant d’été ; je voudrais qu’ils l’eussent vu se contraindre jusqu’à paraître heureux et gai, de peur d’aggraver encore les douleurs d’un père faussement accusé. — Oh ! vénérable et bon prince, vous connaissez peu le fardeau que le faible est souvent obligé de porter ; car le soleil de la prospérité a brillé sur toute votre vie : mais il y a des milliers d’individus qui sont condamnés à surmonter leur répugnance, afin de ne pas faire ce qui exciterait leur horreur.

— Tu ne me dis rien de nouveau, mon enfant.

— Je ne veux que convaincre Votre Altesse que Jacopo n’est pas un monstre tel qu’on le suppose. Je ne sais pas quelles ont été les secrètes raisons du sénat pour vouloir qu’il se prêtât à un mensonge qui a été sur le point de lui être si fatal ; mais à présent que tout est expliqué, nous n’avons plus rien à craindre. — Allons, mon père, nous laisserons le bon et juste doge se livrer au repos dont son âge a besoin, et nous irons réjouir le cœur de Jacopo par la bonne nouvelle de notre succès, et remercier la bienheureuse Marie de toutes ses faveurs.

— Un instant ! s’écria le vieux doge ému au point de pouvoir à peine parler ; ce que tu viens de me dire est-il bien vrai ? — Mon père, la chose est-elle possible ?

— Je n’ai dit à Votre Altesse que ce que m’ont inspiré la vérité et ma conscience.

Le prince sembla abîmé dans ses pensées, et ses regards passaient tour à tour de la jeune fille immobile au membre du Conseil des Trois, dont la physionomie restait toujours impassible.