Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 11, 1839.djvu/50

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— Réfléchissez un moment aux conséquences, signore Jacopo, avant de prendre une si brusque détermination.

— Je ne connais aucunes conséquences qui puissent atteindre un homme refusant de recevoir un message comme celui-ci.

— Per Dio ! Signore, le duc ne me laissera pas une oreille pour écouter les bons avis du père Battista.

— Eh bien ! le duc épargnera un peu de peine à l’exécuteur public.

En parlant ainsi, le Bravo jeta le paquet aux pieds du gondolier, et commença à se diriger froidement vers la Piazzetta. Gino saisit la lettre, et, la tête troublée par l’effort qu’il faisait pour se rappeler les amis auxquels son maître pouvait adresser une telle épître, il reprit :

— Je suis surpris, signore Jacopo, qu’un homme de votre sagacité n’ait pas compris qu’un paquet qui vous était adressé devait porter votre propre nom.

Le Bravo prit le papier, et il exposa l’adresse à la clarté de la lune.

— Il n’en est point ainsi. Quoique ignorant, la nécessité m’a appris à reconnaître mon nom lorsqu’il est écrit.

— Diamine ! c’est juste mon affaire, Signore. Si la lettre était pour moi, la poule ne reconnaît pas ses petits plus promptement que je ne reconnaîtrais mon nom.

— Alors tu ne sais pas lire.

— Je n’en ai jamais en la prétention. Le peu que j’ai dit avait seulement rapport à l’écriture. La science, comme vous le savez, maître Jacopo, se divise en lecture, écriture et chiffres, et un homme peut parfaitement connaître une de ces choses sans comprendre un mot des autres. Il n’est pas absolument nécessaire d’être évêque pour avoir la tête rasée, ou d’être juif pour porter une barbe.

— Tu aurais mieux fait de dire cela tout d’un coup. Va ! je penserai à cette affaire.

Gino s’en alla, le cœur rempli d’une grande joie ; mais il avait à peine fait quelques pas qu’il vit la figure d’une femme se glissant derrière le piédestal d’une des colonnes de granit. S’avançant rapidement de manière à découvrir cette espèce d’espion, il s’aperçut tout d’un coup qu’Annina avait été témoin de son entrevue avec le Bravo.