Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 11, 1839.djvu/63

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maintenant demander au signer Gradenigo de prêter l’oreille à ma requête ?

— Toutes tes demandes seront bien reçues. Je te ferai observer seulement que les esprits ardents et généreux envisagent quelquefois un objet éloigné avec tant d’attention qu’ils n’aperçoivent pas ceux qui sont plus proches et souvent d’une plus grande importance, qu’ils pourraient même atteindre plus facilement. En accordant un bienfait à une personne, il faut prendre garde d’en blesser plusieurs. Le parent de quelque domestique de ta maison se sera étourdiment enrôlé dans les troupes ?

— Si cela était ainsi, j’espère que le soldat n’aurait point la pusillanimité d’abandonner son drapeau.

— Ta nourrice, qui n’oublie point les services qu’elle t’a rendus dans ton enfance, protège la demande de quelque parent qui désire entrer dans les douanes ?

— Je crois que toute la famille est depuis longtemps placée, dit Violetta en riant, à moins que nous ne voulions établir la bonne mère elle-même dans quelque poste d’honneur ; mais je n’ai rien à demander pour elle.

— Celle qui t’a nourrie et par les soins de laquelle tu es parvenue à ce brillant état de fraîcheur et de santé doit être heureuse en effet, gâtée comme elle l’est par ta libéralité. Des emplettes trop coûteuses ou des charités trop libérales ont-elles épuisé ta bourse ?

— Rien de tout cela. Je dépense peu, car une personne de mon âge n’a pas besoin d’un grand train de maison. Je viens ici, mon tuteur, pour une demande beaucoup plus importante.

— J’espère qu’aucun homme ne t’a adressé des paroles indiscrètes ! s’écria le signer Gradenigo en jetant un regard prompt et soupçonneux sur sa pupille.

— S’il en était ainsi, je l’abandonnerais au châtiment que mériterait sa faute.

— Tu as parfaitement raison. Dans ce siècle d’opinions nouvelles, les innovations de toutes sortes ne peuvent être réprimées trop sévèrement. Si le sénat formait l’oreille à toutes les théories extravagantes de la jeunesse, leurs effets pernicieux se feraient bientôt ressentir parmi la classe ignorante. Demande-moi tout l’argent que tu voudras ; mais n’essaie jamais de me faire oublier la faute de celui qui trouble la paix publique.