Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 11, 1839.djvu/80

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— La ponctualité des grands seigneurs de la basse Italie n’est pas leur plus grande qualité, répondit sèchement le sénateur. Les jeunes gens pensent que la vie est si longue qu’ils regrettent peu les minutes qui leur échappent ; tandis que nous que l’âge menace nous songeons à réparer les pertes de la jeunesse. C’est de cette manière, signor duc, que l’homme pèche et se repent journellement, jusqu’à ce que la faculté de faire l’un et l’autre se perde peu à peu. Mais ne soyons pas plus prodigues du temps qu’il ne faut… Pouvons-nous espérer quelque chose de l’Espagnol ?

— Je n’ai rien négligé de ce qui peut émouvoir l’esprit d’un homme raisonnable, et j’ai même exposé à ses yeux l’avantage de se concilier l’estime du sénat.

— Vous avez agi sagement, Signore, dans son intérêt comme dans le vôtre. Le sénat est un trésorier libéral pour celui qui le sert bien, et un ennemi terrible pour ceux qui nuisent à l’État. J’espère que l’affaire de la succession touche à sa fin ?

— Je voudrais pouvoir le dire. Je presse le tribunal autant qu’il est convenable de le faire. Je n’ai omis aucune visite nécessaire près des juges. Padoue n’a pas un docteur plus instruit que celui qui présente mes droits à leur sagesse, et cependant l’affaire languit comme la vie chez un poitrinaire. Si je ne me suis pas montré digne fils de Saint-Marc dans l’affaire de l’Espagnol, c’est plutôt faute d’habitude des affaires politiques que faute de zèle.

— Les balances de la justice doivent être tenues avec adresse pour rester si longtemps en équilibre sans pencher d’un côté ou de l’autre. Vous aurez besoin d’une plus grande assiduité auprès des juges, don Camillo, et d’une grande prudence en disposant l’esprit des patriciens en votre faveur. Il serait bon de faire remarquer votre attachement à l’État par de nouveaux services près de l’ambassadeur : on sait que vous possédez son estime, et des conseils venant de vous pénétreront avant dans son esprit. Votre âme généreuse et bienveillante en éprouvera plus d’ardeur en apprenant qu’en servant son pays, elle sert aussi la cause de l’humanité.

Don Camillo ne parut pas bien convaincu de la justesse de cette dernière assertion. Il s’inclina néanmoins par politesse envers le vieux sénateur.

— Il est agréable, Signore, d’être ainsi persuadé, répondit-il ; mon parent de Castille est un homme capable d’écouter la raison, n’importe de quel côté elle vienne. Quoiqu’il réponde à mes