Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 11, 1839.djvu/81

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arguments par des allusions sur le déclin de la république, je ne lui vois pas moins de respect pour un État qui s’est rendu si longtemps redoutable par sa puissance et son énergie.

— Venise n’est plus ce qu’était la cité des îles, Signore ; cependant elle n’est pas sans pouvoir. Les ailes de notre lion sont un peu rognées ; mais il s’élance encore loin, et ses dents sont dangereuses. Si le nouveau prince veut avoir sa couronne ducale posée d’une manière ferme sur sa tête, il ferait bien de s’assurer l’estime de ses plus proches voisins.

— Cela est vrai, et tout ce que mon peu d’influence peut produire sera mis en usage. Maintenant, puis-je demander à votre amitié des avis sur les moyens à employer pour faire reconnaître des droits si longtemps négligés ?

— Vous ferez bien, don Camillo, de vous rappeler fréquemment à la mémoire des sénateurs par des visites et des politesses dues à leur rang.

— Je l’ai toujours fait comme il convient à mes projets et à ma naissance.

— Il ne faut pas oublier les juges, jeune homme ; car il est sage de ne pas oublier que la justice a toujours une oreille ouverte à la sollicitation.

— Personne ne peut être plus assidu à ce devoir, et il est assez rare de voir un plaideur se rappeler à ceux qu’il fatigue de ses demandes, par des preuves de respect plus évidentes.

— Mais particulièrement, il faut travailler à mériter la reconnaissance du sénat. Aucun service n’est oublié de ce corps respectable, et les actions les plus minces trouvent à se faire jour jusqu’aux deux conseils.

— Je voudrais qu’il me fût possible d’avoir quelque communication avec les vénérables pères de l’État ! Je pense que la justice de mes droits serait bientôt démontrée.

— C’est impossible ! répondit gravement le sénateur. Ces assemblées augustes sont secrètes, afin que leur majesté ne soit point ternie par le contact d’intérêts vulgaires. Elles président à la république comme l’influence invisible de l’esprit préside à la matière, et forment l’âme de l’État, dont le siège, comme celui de la raison, reste un problème qui surpasse la pénétration humaine.

— J’exprimais un désir plutôt que je n’avais l’espoir que ma