Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 18, 1841.djvu/9

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compatriotes, assez peu sensibles alors au charme des lettres, mais encore, traduits dans la plupart des langues de l’Europe, ils y produisirent la plus vive sensation. Dès lors, le nom de Cooper fut en France l’un des plus considérés de la littérature étrangère et rivalisa glorieusement avec celui de Walter Scott. De nombreuses éditions de ses ceux œuvres, recherchées avec empressement, témoignèrent de sa popularité parmi nous, et son nom y est aujourd’hui familier et cher à tous les amis des lettres, au même titre que celui de nos grands écrivains nationaux — Les Monikins, Ève Effingham, le Lac Ontario, où l’auteur peint avec son énergie accoutumée et dans sa grande manière les scènes de la nature américaine, et enfin Mercédès de Castille, qui se rattache par Christophe Colomb au sujet de prédilection de l’auteur, complètent le glorieux bagage de Cooper, romancier.

Envisagé comme citoyen et comme penseur, Cooper n’est pas moins digne de considération. Il est un livre de lui (dont le public français finira, je le pense, par demander la version à l’habile traducteur ordinaire de Cooper et de Walter Scott), où notre auteur s’est montré supérieur sous ces deux rapports ; nous voulons parler des Lettres sur les mœurs et sur les institutions des États-Unis de l’Amérique septentrionale, qui ont paru vers la fin de 1828. Cooper les a signées de la sorte par James-Fenimore Cooper, Américain. C’est qu’il a toujours été fier de sa patrie. « Il semble moins fier, dit un critique anglais (New-Monthly Magazine de 1831), d’être un homme de génie que d’être Américain et fils d’une république libre et florissante. Son génie résume le génie mâle, positif, industriel et entreprenant de son pays ; son talent émane de cette source, et il a droit d’être fier de la patrie qui lui a inspiré ses chefs-d’œuvre. » Dans ce livre, qui est un peu parent par la forme des Lettres de Paul à sa famille, Cooper se cache, comme Walter Scott, sous un personnage auquel il prête évidemment ses propres opinions. Ce personnage est un Anglais qui, malgré les idées aristocratiques, les vieilles rancunes et l’insolente hauteur professées communément par les voyageurs de sa nation pour tout ce qui n’est pas le pur comfortable de Londres ou le fashionable des clubs d’Almack, et leur plat mépris pour ces pauvres Yankees, comme ils appellent les Américains, pense et voit juste, et a d’avance donné un démenti à mistress Trollope la Bas-Bleu. Cet Anglais a choisi d’ailleurs pour guide un Américain d’un grand sens et d’un grand esprit, qui l’initie aux mœurs, aux usages, à la vie de famille de son pays. — La conviction politique de l’auteur se montre à chaque page dans ces lettres ; ses sentiments patriotiques s’y font jour de toutes parts : gouvernementalement, élection et responsabilité ; socialement, liberté et égalité ; tels sont ses principes pour amener l’humanité à bien. La liberté, selon le citoyen des États-Unis, impose à l’homme la vertu ; elle se corrige elle-même, éclaire ses propres fautes, et guérit, comme la lance d’Achille, les blessures qu’elle fait. L’esclave est partout indolent, vicieux et abject. L’homme libre est actif, vertueux et entreprenant, fait-il dire à un de ses correspondants. — Dans ses romans, Cooper