Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 19, 1842.djvu/486

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souriant que s’il ne se fût passé rien d’extraordinaire dans la soirée précédente.

Quand le soleil se leva, tout signe d’alarme et d’hostilités avait disparu du bassin du Glimmerglass. Les événements terribles de la veille n’avaient laissé aucune trace sur cette nappe d’eau tranquille. Les heures suivaient leur cours ordinaire suivant l’ordre prescrit par une main toute puissante. Les oiseaux effleuraient la surface de l’eau ou prenaient leur essor au-dessus des plus hauts pins, les uns et les autres obéissant également aux lois irrésistibles de leur nature. En un mot, rien n’avait changé, si ce n’est l’air de mouvement et de vie qu’on voyait dans le château, changement qui aurait frappé l’œil le moins observateur. Une sentinelle, portant l’uniforme de l’infanterie légère, se promenait sur la plate-forme d’un pas mesuré, et une vingtaine d’hommes, appartenant au même corps, y passaient le temps comme bon leur semblait, ou étaient assis sur l’arche. Leurs armes étaient placées en faisceau sous les yeux de leur compagnon qui était en faction. Deux officiers examinaient le rivage en face à l’aide de la longue-vue dont il a été si souvent parlé. Leurs regards se dirigeaient vers la fatale pointe où l’on voyait encore entre les arbres des habits écarlates, et des soldats, la pioche en main, occupés du triste devoir d’enterrer les morts. Plusieurs hommes du détachement portaient sur leur personne la preuve que les Indiens n’avaient pas été vaincus sans faire résistance, et le plus jeune des deux officiers avait un bras en écharpe. Son compagnon, qui commandait le détachement, avait été plus heureux : c’était lui qui tenait la longue-vue, et qui faisait la reconnaissance dont ils s’occupaient tous deux.

Un sergent s’approcha pour faire un rapport, et il appela le plus âgé des deux officiers du nom du capitaine Warley. Quand il eut à parler à l’autre, il le nomma l’enseigne Thornton. Le premier était l’officier qui, comme on peut se le rappeler, avait été nommé dans la dernière conversation entre Judith et Hurry. Dans le fait, c’était le même individu dont le nom avait été très-souvent prononcé, dans les propos légers des oisifs des forts, avec celui de la belle mais indiscrète Judith. C’était un homme d’environ trente-cinq ans, ayant des traits fortement prononcés et des joues rouges, mais qui y joignait une tournure militaire et un air à la mode qui pouvaient faire impression sur l’esprit d’une jeune fille connaissant aussi peu le monde.

— Croig nous comble de bénédictions, dit-il au jeune enseigne avec un ton d’indifférence, en remettant la longue-vue à son do-