Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 2, 1839.djvu/84

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seul instant. Il avait vu avec admiration toutes les dispositions du major Dunwoodie ; il rendait justice aux talents de son ancien ami, et il n’était pas sans crainte pour ceux sous les drapeaux desquels il aurait voulu combattre. L’embuscade de Lawton lui donnait surtout de vives inquiétudes, sa fenêtre étant située de manière qu’il pouvait le voir se promenant à pied devant sa troupe sous les armes, et à peine en état de modérer son impatience. Plusieurs fois il porta ses regards autour de lui pour voir s’il ne pourrait découvrir aucun moyen de s’échapper ; mais il trouvait toujours les yeux de son argus invariablement fixés sur lui, et quel que fût son désir de prendre part au combat qui allait se livrer, il se vit forcé de se borner au rôle peu glorieux de spectateur.

Miss Peyton et Sara continuèrent à regarder les préparatifs du combat avec une émotion produite par différentes causes, dont la principale était leur inquiétude pour le capitaine Wharton, jusqu’au moment où le sang paraissant sur le point de couler, elles cédèrent à la timidité de leur sexe, et se retirèrent dans un appartement intérieur de la maison. Il n’en fut pas de même de Frances : elle était retournée dans l’appartement où elle avait laissé Dunwoodie, et d’une des fenêtres de cette chambre elle avait suivi tous ses mouvements avec un intérêt profond. Elle n’avait vu ni les troupes se ranger en bon ordre, ni aucun des préparatifs d’une lutte sanglante ; elle n’avait des yeux que pour son amant. Tantôt son sang circulait avec plus de rapidité quand elle voyait ce jeune guerrier déployant sur son coursier autant de grâce que d’adresse, et répandant évidemment un esprit de courage et d’activité parmi tous ceux à qui il s’adressait ; tantôt il se glaçait dans ses veines quand elle songeait que cette bravoure même qu’elle estimait tant pouvait bientôt placer une tombe entre elle et l’objet de toute son affection. Les regards de Frances restèrent attachés sur cette scène tant que ses yeux purent y suffire.

Dans un champ, sur la gauche des Sauterelles, et un peu en arrière du corps de cavalerie, était un petit groupe paraissant livré à un genre d’occupation tout différent. Il n’était composé que de trois individus, deux hommes et un jeune mulâtre. Le personnage principal était un homme dont la maigreur faisait paraître sa grande taille presque gigantesque. Il portait des lunettes, était sans armes, à pied, et semblait partager son attention entre un cigare, un livre, et ce qui se passait devant lui.